Drôle de journée

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18 novembre 2014

Drôle de journée

J’ai connu un début de semaine incroyable.
Lundi matin, je me suis levé avec une tête de froussard après la descente sauvage des seleka du camp Beal, la veille, qui s’est achevée par des pillages, des braquages de motos et des tueries, selon plusieurs sources.
17 heures 30, je rentre d’une course en ville. Trempé, les yeux rougis par une rafale de pluie et grelottant au guidon de ma bécane, je suis un monsieur en moto qui rentre, lui, du travail. Et c’est à un pas de ma maison que le miracle se produit. J’assiste à une scène de braquage digne d’un film de western : deux zigotos qui flânaient sur notre passage, en quête de proies, sautent brusquement sur l’homme en moto qui, en une vitesse lumière, se retrouve dans la boue poussé par ses agresseurs. Plaqué au sol par l’un des deux colosses armés de grenades et de PA, l’homme visiblement épuisé ne peut compter sur l’aide du voisinage maintenu à distance sous la menace des armes. Il se bat de toute sa petite personne, sa belle chemise blanche maculée de boue, mais les deux hommes se sauvent avec la moto sous le regard impuissant des passants.
Puisqu’une pierre ne peut pas faire deux coups en pareille circonstance, je me réjouis de voir ma moto épargnée. Même si je me sens gêné de n’avoir rien fait pour aider la victime.

Mardi matin, dans le ciel l’hélico de la SANGARIS tourne au-dessus de nos têtes. Cela annonce toujours des troubles quelque part sous le ciel de Bangui.
« Ils ont encore occupé la route … » raconte-t-on ce matin dans les quartiers. Il s’agit encore là des seleka qui ont pris la mauvaise habitude depuis quelques jours de perturber la circulation en érigeant des barricades sur les avenues des Martyrs et de l’indépendance qui mènent en ville. Je prends quand-même le risque de sortir, car j’ai du boulot à faire ailleurs …Sur l’avenue de l’indépendance, aucune barricade n’est visible. Je lance alors ma bécane de toute sa puissance. 4 kilomètre plus loin, c’est-à-dire pile poil devant la base des seleka, la chaine de transmission de ma moto se casse.la moto s’arrête. Malédiction !! De part et d’autre, les seleka m’observent, assis sous les manguiers, fumant le joint et mitraillant les passants d’un regard pas très gentil. Mon cœur arrête de battre, mon sang se gèle. Je me sens dans la cour du diable, je regarde le diable dans les yeux, je redoute le pire.

L’attente dure une vingtaine de minutes, 2o longues minutes qui semble être une éternité. Le temps qu’un mécanicien vienne me dépanner. Alors que j’implore une pitié suprême, le Ciel me répond. « L’archange Michel » alias le mécanicien débarque et me sort de l’enfer.
Demain, mercredi, je ne sortirai pas par crainte que la journée soit encore plus mauvaise.IMG_20131121_170553

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